Un cahier pédagogique de 12 pages est joint à l’album dessiné. Il a pour objectif d’apporter au lecteur un complément d‘informations sur la civilisation celtique en général en insistant sur plusieurs de ses aspects développés dans la BD.
Il regroupe plusieurs articles écrits par des chercheurs, des universitaires ou des archéologues qui cautionnent ainsi le travail des auteurs de l’album.
En voici quelques extraits.
Le casque d’Agris
par José Gomez de Soto Directeur de Recherche au CNRS,
Chargé de cours aux Universités de Poitiers et de Rennes
La grotte des Perrats a été découverte par des spéléologues, qui ont aussi recueilli deux petits fragments de la bordure du casque. Tout le reste de l’arme a été découvert au cours de fouilles légalement autorisées. En subsiste le timbre (calotte), la base du cimier, une paragnathide (protège-joue), quelques fragments de pièces ornementales fixées latéralement à l’origine.
Le casque avait été enfoui hors de toute sépulture. Les rares éléments contemporains livrés par le site indiquent une fréquentation assez réduite de la grotte au IVème siècle av. J.-C. Ce devait être alors un sanctuaire chthonien, comme d’autres grottes dans le monde celtique (par ex., Han et Trou de l’Ambre en Belgique, Chenoves en bourgogne, Rouffignac en Dordogne).

Le riche décor, mais surtout le serpent cornu de la paragnathide, monstre chthonien dont c’est la plus ancienne figuration connue dans le monde celtique, confirme qu’il s’agit bien d’une pièce à finalité non utilitaire, mais cultuelle.
La fabrication du casque utilise le fer (coque du timbre, paragnathide, etc.), le bronze fondu ou repoussé (placage sur le fer), de l’or (plaquage sur le bronze, fils, têtes des rivets), de l’argent (rivets) et du corail (cabochon).
Le casque d’Agris et les gaulois Sénons
Par Jean-Jacques Grizeaud Archéologue INRAP – Midi-Pyrénées
Chercheur membre associé à l’UMR 56 08 CNRS de Toulouse Le Mirail
Président de l’OCATS.
Senones, quae est civitas in primis firma et magnae inter gallos auctoritatis.
« Les Sénons, un des premiers Etats gaulois pour sa force et le grand crédit dont il jouit parmi les autres ». Cette phrase, extraite du livre « La Guerre des Gaules » dans lequel le Proconsul Caius Julius Caesar commente ses faits de guerre en 52 av. J.-C, témoigne de l'importance et du rôle qu’a joué le peuple sénon dans l’histoire, entre le IVème et le Ier siècle avant J.-C., depuis la grande migration vers l’Italie, jusqu’à la fin de l’indépendance gauloise.
Les sources historiques.
Les Sénons appartiendraient à une population pré-celtique et l’origine du nom trouverait ses racines dans le mot gaulois sen « gagner, vaincre » ou plus vraisemblablement l'adjectif seno «vieux ou ancien»2. Ainsi, peut-on le traduire aujourd’hui par « ancien peuple de la Gaule ». Les Sénons auraient migré en plusieurs vagues, pour arriver sur les rives de l'Yonne où ils choisirent de s'implanter aux alentours du VIIème - Vème siècle av. J.-C., s'intégrant ainsi à la population locale. Leur nom est conservé dans celui de la ville de Sens et la région sénonaise qu’elle occupe.
Ils se sont illustrés à travers deux évènements historiques importants relatés par les auteurs de l'Antiquité : l’invasion de l’Italie avec la prise de Rome vers 390-386 av. J.-C. et les derniers épisodes de la guerre des Gaules au milieu du Ier siècle av. J.-C.
En Italie, des Sénons colonisateurs.
L’armement gaulois, l’équipement du guerrier, au 3ème siècle avant notre ère, tel qu’il apparaît dans la bande dessinée
Par Silvio LuccisanoAujourd’hui, certains chercheurs émettent des hypothèses concernant l’usage de ces armes et l’adaptabilité de certaines d’entres-elles à une spécificité des guerriers. Il en découle une vision de l’armée gauloise comportant des unités spécialisées dans telle ou telle forme ou technique de combat, vision que nous développons dans cet album et qui nous éloigne bien entendu des clichés traditionnels. Aujourd’hui, des groupes de reconstitution expérimentent cet armement et confirment certaines des hypothèses émises par ces chercheurs.
L’étude proposée, dans le cadre de ce cahier n’est nullement exhaustive.
Les armes d’hast :
Ce terme désigne l’ensemble des armes offensives comprenant un fer emmanché sur une hampe de longueur variable. De ce fait, et en fonction de la longueur de la hampe, on distingue la pique, la lance et le javelot. Du javelot il a été question un peu plus haut ; nous allons parler ici des piques et des lances. L’arme se compose d’un fer, d’une hampe et, pour certaines d’entre elles, d’un talon métallique. Le fer, qui est l’extrémité métallique de toute arme d’hast, comprend une douille, une pointe et un empennage.
La douille est cette partie s’emboîtant sur l’extrémité de la hampe. Son diamètre à ce niveau ainsi que la profondeur de l’emboîtement nous renseigne sur la longueur et la puissance de l’arme. Elle se fixe sur la hampe parfois par simple pression ou par le biais d’un rivet, mais le plus souvent par deux petits clous plantés obliquement. La pointe est la partie efficace du fer dans son utilisation d’estoc. De part et d’autre de la pointe se trouve l’empennage dont la fonction semble être d’accentuer la taille des blessures dans les coups d’estoc et de faciliter l’aérodynamisme des armes de jet.
Le fer, de forme et de taille variées, caractérise l’arme. Certains fers ajourés et ornementés ont peut-être pu servir d’enseignes ; c’est en tout cas l’option que nous avons choisi de représenter pour cette BD.
La hampe, de part sa nature périssable, est absente de la documentation archéologique. C’est une longue tige cylindrique parfois légèrement conique, taillée certainement dans du frêne ou de l’orme.
Le talon est une armature métallique protégeant l’extrémité de la hampe des lances ou des piques. Il sert en général à équilibrer l’arme tenue en main et à la planter dans le sol. Eventuellement, en cas de rupture de la hampe, il peut remplacer le fer comme arme.

La lance : C’est une arme mixte qui peut-être soit lancée soit maniée comme une pique dans les combats rapprochés. Sur la hampe, d’une longueur comprise entre 2 m et 2,50 m et qui comporte presque toujours un talon, vient s’emmancher un fer de taille et de forme variée. Elle a peut-être été l’arme spécifique des cavaliers.
La pique : C’est l’étude de certains fers de lance impressionnants par leur taille et leur forme qui a amené quelques chercheurs à évoquer ce type d’armes dans la panoplie du guerrier celte. Cette arme redoutable est spécifique du fantassin combattant en formation, mais ces vestiges sont parfois difficiles à distinguer de ceux des lances. Comme pour les lances, la présence d’un talon permet de tenir l’arme par son tiers inférieur ce qui augmente son allonge et accroît son efficacité.
La langue gauloise
Par Jean-Nöel Joussot, enseignant.Qui parle gaulois ?
Les « Gaulois » utilisaient donc une langue issue d’un tronc commun avec quelques variantes locales (peut-être résultant d’influences locales préceltiques). Ceci leur permettait de se comprendre et de se reconnaître en tant que Celtes (il en était de même dans la communauté culturelle des Grecs). Bien entendu, d’autres critères que la langue reliaient ces peuples celtiques et en faisaient une entité originale malgré les variantes régionales : des croyances religieuses et un art similaires dans toute l’Europe, du Danemark à l’Espagne et à l’Italie du Nord, de l’Irlande à la Turquie. Il est possible voire probable que des accents régionaux et des variantes dialectales aient déjà existé mais il ne faut pas les surestimer non plus et les envisager comme des barrières de langue qui auraient fait que les Nerviens (peuple de Belgique) ne comprenaient pas les Arvernes (Auvergne) ou bien même que des continentaux ne comprenaient pas les insulaires. Ainsi, Tacite affirme que les langues parlées de part et d’autre de la Manche sont très proches.
La faune du Second âge du Fer en Gaule (- 450 à – 30 avant notre ère)
Par Jean-Claude Le Blay, archéozoologue.
La plupart des chevaux ont une allure proche des grands poneys que l’on peut voir dans nos centres équestres (et dans cet album dessiné, le dessinateur les a bien représentés). Grâce à l’agilité de ces montures dressées à aller au combat, la cavalerie gauloise est très réputée. Les élites préfèrent les chevaux de prestige importés de pays lointains (Europe centrale, Orient), d’une stature nettement plus proche des nôtres, mais coûteux. Quantité de races de chiens sont déjà connues, allant des plus petites, proches du Pékinois, à de plus grandes utilisées pour combattre (molosses) ou chasser (Epagneuls, Setters.)

Bovins (bœufs et vaches) et moutons sont de petite taille (autour de 1 m..de hauteur au garrot pour une vache et de 0.60 m. pour un mouton), mais résistants et bien adaptés aux conditions de climat et de travail de leur époque. Les porcs élevés en semi-liberté ont de longs poils foncés et le groin allongé armé de longues canines comme leur ancêtre sauvage, le sanglier. Ils ne sont pas de couleur rose comme aujourd’hui mais gris brun. Les oies servent autant à l’alimentation qu’à la garde des habitations. Les poules, de la taille d’un gros pigeon, pondent des œufs en abondance mais tout aussi petits. Les palombes, ou pigeons ramiers, comme celles représentées dans la première planche de l’album, sont également présents.